instants suspendus du monde
l’eNtre-CieL
instants suspendus du monde
2021 – 2022
Alpes, Pyrénées
« Il existait autrefois des cités millénaires accrochées au tourment de certains à-pic. On s’en donnait le vertige à les regarder depuis le bas, tutoyer des essaims de brumes et s’affranchir des aléas. Ayant pour seuls remparts le vide et pour donjon le grand infini, on pouvait dire qu’elles dominaient le monde à leur manière, par simple présence d’être. C’était saisissant de les voir rayonner encore longtemps, après que l’obscurité se soit emparé du fond des vallées. Cela leur conférait une sorte de noblesse unanime que personne n’aurait oser contester. Leur beauté aurait fait succomber n’importe quelle âme éprise de ces paysages souverains. Leur majesté n’aurait alors échappé à personne… Mais il fût un temps où elles se firent oublier, comme si les montagnes les avait assimilées. Leurs vestiges s’apparentent désormais bien plus à l’imaginaire qu’à une vision palpable pouvant rendre justice à leur gloire oubliée. Mais elles sont encore là, si l’on peine à les deviner quelques fois… »
L’Entre-Ciel est une série photographique qui interroge les hautes altitudes comme un espace à la fois suggestif et hors de portée, où l’imaginaire peut s’y déployer. Brumes et roches, dans leurs nuances de gris, sculptent des paysages suspendus aux contours incertains. Les apparitions animales qui les ponctuent parfois nous rappellent combien le rêve et le possible sont amenés à dialoguer au gré de nos explorations.
On croit les roches inanimées, immobiles pour l’éternité. Des ailes filant dans le vent arrivent pourtant dans le théâtre calcaire, mouvement de la vie éphémère. Tantôt poursuivies par leurs ombres, tantôt par leurs fantômes, elles accompagnent les grands voyageurs dans leurs destinées…
Le vautour incarne à lui seul la dualité de l’existence. Juché au seuil des mondes, là où beauté et cruauté s’honorent pour préserver le cycle de la vie.
– Vautour fauve, Pyrénées


Ces esprits aériens sont les passeurs d’âmes entre les mondes mortels et immortels. Ils errent entre la finitude et l’abîme, le réel et le chaos, l’éther et l’infini. Ils sont le lien du monde.
– Faucon crécerelle, Pyrénées

Quand le vent parle aux roches
SouVenirs d’Altitude
Les mots ou quelques photographies ne suffiront jamais assez pour retranscrire tout ce que je peux ressentir là-haut. La solitude, l’humilité, le primordial, c’est cela que j’espérais trouver en partant aux confins des mondes d’altitude. Mais ce que j’y ai rencontré dépasse tout ce que j’espérais. Dans ce royaume tissé de roches et de brumes, où la majesté des montagnes tutoie la souveraineté des nuages, la beauté affleure partout. Elle s’immisce dans l’immensité des forêts qui jalonnent les flancs montagneux, ou dans l’impétuosité des torrents qui déferlent le long des escarpement ; dans le regard fier de l’aigle royal porté par les vents, ou dans le silence minéral qui règne parmi les combes ; dans la pureté des neiges immaculées accrochées au relief ou dans cette sensation d’éternité dont paraît jouir chaque âme de cette dynastie pourtant éprouvée…

Les cascades jaillissaient d’une force puisée aux confins du monde. C’était un souffle brut, audacieux, imposant. Le fracas de l’eau sur la roche était dramatique, ce n’était pas le simple son d’une cascade se jetant dans le vide qu’on entendit ce jour-là. C’était toute la nature qui hurlait sa chute.
– Cirque de Gavarnie, Pyrénées
Vers les Contrées d’AltitUde
Aux confins des montagnes, l’âme semble quitter la condition terrestre de son enveloppe charnelle pour aller vers le ciel. C’est comme si la transcendance des sommets l’inspirait à s’élever vers eux, loin des facéties du monde. On se sent inexorablement attiré par la hauteur. C’est un fait, une sorte de conclusion métaphysique à la recherche d’un ailleurs sans doute meilleur. En bas, on rêve de contrées d’altitude à la pureté absolue, dont le mystère est aussi dense que les brumes qui dansent en ces lieux. On les devine, on les imagine, on y renonce faute de déraison suffisante pour défier la gravité. Certains y arrivent. Ils pactisent alors avec la mort, au nom d’une quête qui ne connaîtra jamais d’aboutissement. Mais ils s’y essayent, comme si leur vie entière avait été dictée par ce besoin impérieux de gravir les points culminants de leurs fantasques ascensions. Ceux qui pensent dominer la montagne perdent toujours à cette ultime provocation. Les autres accèderont à l’inconnu tant espéré, aux territoires vierges d’humanité, à la grâce du vide comme souveraine compagnie.

Il fendit les brumes en une apparition éphémère. Une éclaircie fugace venait de s’ouvrir derrière…
Instant de grâce entre deux fronts d’orages.
– Aigle royal, Alpes
Une résonnance. L’espace et le temps se joignent aux ondes sonores, étranges et gutturales, des lagopèdes mâles qui signent de leurs vocalises les limites de leurs territoires.
– Lagopède alpin, Alpes

« Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l’imagination est
sans frontières. »
– Jean-Jacques Rousseau

Sur le fil des crêtes, l’âme semble quitter la condition terrestre de son enveloppe
charnelle pour aller vers le ciel. C’est comme si la transcendance des sommets l’inspirait à s’élever vers eux, loin des facéties du monde.
Peut-être comme les bouquetins, on se sent inexorablement attiré par la hauteur.
– Vieille étagne, Alpes

Comme il est inspirant de regarder le souffle de la vie s’emparer des sommets.
Un être, un esprit, une présence se fait toujours sentir, dans le monde sensible ou l’intangible.
Parfois, mystérieusement, les deux se réunissent et inscrivent en nos cœurs
un sentiment d’une puissance toute particulière.
– Bouquetin des Alpes, Alpes
Je m’interrogeais encore sur les raisons qui m’avaient menées ici, accablée par une pluie battante et un ciel pesant comme un suaire, à essuyer les gouttes qui perlaient sur mon front et glissaient le long de mes joues. Le monde d’en-haut n’avait jamais été aussi inaccessible qu’en ces temps noyés par le ruissellement continu des eaux. Les brumes avaient englouties les cimes et nous n’étions pas loin d’un jour de funérailles, sinistre et glaçant. Les roches avaient noirci sous l’assaut de l’humidité et contrastaient pourtant avec la végétation embrasée par un subtil souffle de feu. Les reliefs se devinaient à peine, spectres émergeants des volutes mouvantes. Sur leurs flans grondait le vacarme sourd des cascades rendues si puissantes par les dernières ondées.
– Les Trois sœurs, Alpes


